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Comment la Chine a-t-elle évité la deuxième vague de Covid-19 ?

Comment la Chine a-t-elle évité la deuxième vague de Covid-19 ?
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La deuxième vague de la pandémie de Covid-19 a touché de plein fouet l’hémisphère nord, et les réponses politiques se multiplient. Dans certains pays, les dirigeants ont fait le choix d’un (re)confinement de la population, difficile à mettre en place du fait de ses conséquences économiques et psychologiques. Mais la situation n’est pas partout la même : elle semble notamment moins compliquée en Asie, et plus particulièrement en Chine, où la deuxième vague est inexistante à ce jour.

Comment peut-on expliquer ce qui s’apparente à une prouesse, compte tenu du gigantisme de ce pays, tant sur le plan de la population que de la superficie, qui plus est, dans un contexte de développement économique inégal selon les provinces ?

Le pari initial chinois

L’épidémie a démarré il y a environ un an sur le territoire chinois. Frappée d’une façon subite, la Chine a alors réagi très fortement : mise en quarantaine stricte des zones gravement touchées avec interdiction totale de sortir du domicile (durant 76 jours à Wuhan, le berceau de l’épidémie), fermeture des entreprises, interdiction stricte de déplacements entre les villes et les provinces, contrôles quotidiens de la température corporelle, etc.

Cette réponse radicale, alors que l’épidémie affichait une capacité de contamination importante, mais un taux de mortalité faible (moins de 900 cas confirmés lors du « lockdown » de Wuhan), représentait un pari : celui de tout mettre en œuvre pour endiguer cette épidémie, quitte à sacrifier momentanément le développement économique du pays, afin de ne pas en souffrir à long terme. Formuler une telle décision était une chose, mais encore fallait-il être capable de l’implémenter, dans un contexte difficile au plan national comme international.

En effet, en sus de son caractère sanitaire, la Covid-19 constitue également un choc de taille pour les pays. Son imprévisibilité et sa sévérité provoquent dans la durée une disruption à l’échelle mondiale. L’équilibre des pays est déstabilisé, leurs façades organisationnelles sont fragilisées et leurs forces et faiblesses apparaissent au grand jour.

Au-delà de ces difficultés, les réponses possibles mobilisent un faisceau varié de dimensions : la capacité politique, les institutions en place, le système de santé, le tissu économique, la culture, etc. Quels éléments particuliers ont concouru à la mise en place du dispositif chinois ?

Les leçons du passé

Pour comprendre le choix chinois, il est nécessaire de se replonger dans le passé. En 2003, l’épidémie de SARS a frappé la province du Guangdong au sud-est du pays. Si celle-ci nous apparaît, au regard des circonstances actuelles, être une épidémie de faible intensité (environ 8 000 cas confirmés pour 774 décès), elle a pourtant agi comme un électrochoc.

La mauvaise gestion de la crise et l’état d’impréparation du système de santé chinois, mis sous le feu des projecteurs internationaux, ont forcé le pays à réformer sa politique sanitaire. La Chine s’est dotée d’un centre de contrôle et de prévention des maladies (CDC) basé sur le modèle états-unien et pourvu de moyens considérables. Les autorités chinoises ne voulaient plus être discréditées aux yeux du monde pour leur incapacité à traiter les problèmes sanitaires, alors même que leur pays montait en puissance sur la scène internationale.

En 2009, l’épidémie de grippe aviaire déclencha le déploiement des plans d’action mis au point depuis 2003. Il s’agissait pour le CDC chinois de justifier de sa création, des moyens dont il disposait, et de mettre en œuvre ses dispositifs en situation réelle. Mais l’épidémie fut finalement modérée, comparable à une grippe saisonnière (environ 120 000 cas confirmés dans le pays pour 659 décès attribués), et les mesures prises pour ce virus restèrent donc limitées. Quoi qu’il en soit, la Chine était déjà dans les starting-blocks.

Un pays préparé à l’éventualité d’une émergence virale

Lors de l’apparition de l’épidémie en janvier 2019, la Chine possédait donc déjà un dispositif sanitaire prêt à l’emploi, doté de ressources conséquentes. Il s’agissait pour le gouvernement chinois non seulement d’être exemplaire au-delà de ses frontières, mais aussi et surtout de rassurer sa population en lui démontrant son aptitude à gérer les crises importantes. L’expérience des crises passées, la volonté d’exister sur la scène internationale et le besoin politique local ont convergé vers une réponse forte. Mais sans moyens, la volonté politique ne suffit pas. Or, la Chine disposait aussi de sérieux avantages pour la mettre en œuvre.

Tout d’abord, le fait de pouvoir s’appuyer sur un nombre très important de fonctionnaires et de salariés de proximité liés à la sécurité publique et aux comités de quartiers. Ces agents ont garanti le déploiement du dispositif de quarantaine et de contrôle des déplacements sur un territoire très étendu. Cela a été facilité par l’organisation architecturale des zones d’habitation en Chine. Les zones urbaines, où la population est la plus concentrée, sont dans leur très grande majorité composées de résidences regroupant des immeubles fermés sur l’extérieur, dont les zones d’accès sont aisément contrôlées.

Ensuite, l’hyperconnectivité de la population via les smartphones a permis l’instauration d’un système de laissez-passer par QR Codes, ou encore un système de suivi des déplacements.

En outre, la dimension culturelle a joué un rôle déterminant. Certaines habitudes sanitaires comme le port du masque sont solidement ancrées en Chine. Par ailleurs, le fait de sacrifier un peu de libertés individuelles (quarantaine stricte, interdiction des déplacements entre villes et provinces…) au profit du bien commun a été généralement bien accepté. Si quelques protestations ont été émises, à Wuhan notamment où les conditions étaient particulièrement coercitives, elles ont été individuelles et isolées. À l’échelle du pays, les choses se sont globalement très bien passées. L’acceptation et l’application stricte par la population des directives émises par les autorités chinoises ont grandement contribué à la réussite du dispositif. La peur de l’épidémie a également provoqué une véritable mobilisation générale.

Enfin, la structure du tissu économique a permis à la population de mieux vivre ces périodes d’isolement. Celui-ci reposait déjà en grande partie sur la livraison à domicile de repas, boissons, courses et biens divers, commandables par l’intermédiaire de nombreuses applications telles que Meituan, Eleme ou Taobao et acheminables par des flottes de livreurs à scooter, depuis de nombreux entrepôts disséminés dans tout le pays.

En définitive, la société, affectée dans son ensemble par l’épidémie, a agi de concert et créé, volontairement ou non, les conditions permettant la réussite du dispositif mis en place pour la combattre.

Une vie légèrement modifiée en Chine

Aujourd’hui, la vie en Chine est revenue à la normale. La gestion de la Covid-19 a trouvé une place discrète au quotidien, grâce à des tests de température corporelle, des masques encore obligatoires dans les transports en commun et des laissez-passer connectés aux smartphones. Pour le moment, chaque individu est tenu de s’enregistrer dans une ou plusieurs applications (municipales et/ou nationales) indiquant son niveau de risque sanitaire, et retraçant parfois son itinéraire des quatorze derniers jours, associé à un QR Code de couleur. Il est indispensable de pouvoir afficher un QR Code de couleur verte pour accéder aux lieux publics, transports, etc. Les lieux de restauration, de festivités et les divers espaces sont également ouverts au public sous réserve d’y montrer patte blanche.

L’exemple chinois est-il un modèle à suivre ? Si à l’heure actuelle le pari chinois d’une réaction rapide et de grande ampleur présente des résultats remarquables, le dispositif reste fortement conditionné et rendu possible par les spécificités du pays : une grande capacité d’application des mesures par l’État, un sens du devoir civique important lié à la culture locale, un système de santé préparé à faire face à ce genre de crise, une politique urbaine et un tissu économique pourvoyeurs d’avantages dans ce type de situation.

Les fortes capacités de résilience des pays du nord de l’Asie vis-à-vis de cette crise suggèrent néanmoins que la Chine n’est pas un cas isolé. À ce propos, une analyse comparative permettrait de distinguer plus précisément quels sont les facteurs décisifs dans la réussite de la gestion d’une telle crise.

Pour autant, la Covid-19 est-elle à reléguer aux oubliettes ? Indéniablement non, car si la Chine a pu déployer un dispositif impressionnant conduisant à la quasi-disparition de la circulation du virus sur son territoire, quelques cas sont toutefois réapparus, ce qui a provoqué la remise en quarantaine de zones où le virus avait disparu (Beijing en juin et plus récemment Qingdao en octobre). Le cœur de la mauvaise saison approche, et nul ne sait si une recrudescence ne va pas contraindre le pays à remettre en place les mesures fortes prises durant l’hiver dernier.

Par ailleurs, ce dispositif s’est accompagné de la fermeture des frontières, d’une réouverture au compte-gouttes à la fin de l’été et d’une nouvelle fermeture début novembre 2020. Ces fermetures vont avoir diverses conséquences de nature économique, étant donné que de nombreuses sociétés implantées en Chine ont des difficultés à fonctionner en l’absence de tout ou partie de leur personnel expatrié. Au-delà des aspects économiques, toutes les coopérations internationales sont concernées : éducatives, culturelles, diplomatiques… Le choc qu’a représenté la pandémie de Covid-19 aura certainement des répercussions sur les mouvements humains, et par voie de conséquence sur la manière dont nos différentes sociétés vivent et évoluent ensemble.



Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons.

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