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Covid-19 : en quoi consiste le confinement en trois tiers envisagé par le Royaume-Uni ?

Covid-19 : en quoi consiste le confinement en trois tiers envisagé par le Royaume-Uni ?
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En Angleterre, le reconfinement local concernent actuellement plus de cinquante secteurs géographiques, ce qui crée un complexe patchwork de restrictions difficiles à faire respecter.

Pour simplifier les choses, le gouvernement compte installer un système beaucoup plus simple de confinement en « trois tiers ». L’Angleterre sera divisée en trois zones : risque moyen, risque élevé et risque très élevé.

La théorie économique nous apprend que si ce système est correctement conçu, il pourrait augmenter l’adhésion de la population au confinement, laquelle est à l’heure actuelle extrêmement basse. Les principaux critères pour assurer la réussite de ce nouveau découpage sont que chaque tiers doit être clairement défini, que la différence de traitement entre chaque tiers doit être conséquente, et que le l’ensemble du système doit être géré par une organisation indépendante.

Un respect limité

Une conséquence du non-respect des réglementations Covid est de se retrouver infecté par le coronavirus. Une autre, peut-être encore plus grave, est de risquer de disséminer le virus au sein de sa famille, et dans le reste de la société.

La plupart des gens sont davantage préoccupés par leur propre santé et celle de leurs proches que par le devenir de la société dans son ensemble.

Pour cette raison, depuis le début de l’épidémie, les représentants du gouvernement s’attendaient à ce que les politiques de santé publiques mises en place rencontreraient une adhésion limitée de la population.

Le conseil scientifique réunit par le gouvernement estime par exemple que moins de 20 % des personnes s’isolent lorsqu’on leur demande de le faire, un pourcentage encore plus bas que celui qui était attendu en mars.

La police ne peut à elle seule faire respecter les réglementations nationales et locales. Cet été, dans l’ensemble de l’Angleterre, seules 179 amendes ont été dressées pour violation des restrictions locales, 89 amendes pour non-port du masque et 18 pour tenue de rassemblements importants. Le gouvernement n’a donc pas d’autre choix que de compter sur les gens pour respecter les consignes.

En conséquence, lorsqu’elles communiquent les autorités sont tentées de présenter le scénario le plus pessimiste, avec l’espoir d’inquiéter suffisamment la population pour qu’elle coopère. Le problème est qu’en retour les gens imaginent que le gouvernement grossit outre mesure le trait, ce qui les incite au contraire à moins se conformer aux directives. Pour contrebalancer ce faible respect des règles, le gouvernement promulgue en promulgue alors de plus sévères, ce qui l’empêche de communiquer de façon crédible sur les informations épidémiologiques essentielles dont il dispose. Un cercle vicieux se met en place.

Le problème est encore aggravé lorsque les restrictions diffèrent d’un endroit à l’autre. Les responsables de nombreuses régions soumises à des restrictions locales de différentes natures accusent le gouvernement de manquer de transparence.

Les critères qui déterminent comment les confinements locaux sont promulgués demeurent mystérieux. Des régions dont les taux d’infection sont similaires sont en effet traitées différemment. Et certaines mesures, telles que la mise en place d’un couvre-feu à 22 h, ne sont pas basées sur des preuves scientifiques accessibles au public.

Pour briser le cercle vicieux qui se met en place, entre prise de mesures strictes et moindre respect des règles, il pourrait s’avérer utile de définir des catégories plus larges, comme le suggère l’organisation en « trois-tiers ». Au lieu de fournir une série d’orientations locales très spécifiques, les différents tiers doivent présenter de très larges différences.

Le tiers de niveau supérieur doit correspondre aux zones qui présentent en moyenne un risque élevé de saturation des hôpitaux, et se traduire par l’application de mesures locales strictes, mais réalistes. Les différences avec le second tiers doivent être suffisamment importantes pour que la population comprenne que le gouvernement n’a aucun intérêt à exagérer la menace en incluant dans le tiers supérieur des régions seulement modérément affectées par l’épidémie, une mesure qui aurait alors d’importantes conséquences économiques.

Éviter les jeux d’influence

Dans ce contexte, un problème majeur demeure : la question de la perception de l’influence politique.

Les critères d’appartenance à l’un ou l’autre des trois tiers, ainsi que les restrictions correspondantes, reposent clairement sur des choix politiques qui sont légitimes : seuls les dirigeants élus ont le pouvoir de prendre ce type de décisions difficiles, visant à équilibrer la santé publique et l’activité économique.

Le gouvernement serait néanmoins bien avisé de ne pas confier la mise en œuvre de ce système à des responsables politiques. Il y a en effet fort à parier que certaines personnes n’accepteront pas de se conformer à une réglementation très stricte si elles pensent que celle-ci résulte d’un parti pris politique.

La solution la plus évidente serait de déléguer à des conseillers indépendants la création de la carte répartissant les diverses zones locales selon les trois niveaux définis par le gouvernement. Cela permettrait non seulement de simplifier la réglementation et d’accroître la transparence, mais aussi d’encourager davantage de personnes à respecter les règles.

L’Union européenne (UE) fait face à un problème similaire : une myriade de restrictions locales s’applique aux voyages à l’intérieur de ses frontières. Afin d’améliorer le respect des règles et d’éviter tout jeu d’influence politique, les pays de l’UE prévoient justement de créer une carte à trois niveaux qui permettrait de décider quelles régions sont soumises à des restrictions. Son élaboration sera déléguée à une agence indépendante des gouvernements nationaux.

Il n’y a aucune raison pour que le Royaume-Uni ne prenne pas la même direction. Un système en trois tiers représente clairement une amélioration par rapport au statu quo. Cependant, il ne fonctionnera que si chaque niveau diffère suffisamment des autres, et s’il est clair que la mise en œuvre de ce système est exempte de toute influence politique.

The Conversation

Renaud Foucart ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.



Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons.

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