- Aucune donnée solide ne montre que la curcumine protège les artères chez l’humain : selon les NIH, on ne sait pas encore si elle est bénéfique pour un quelconque usage de santé.
- Ses propriétés antioxydantes et anti-inflammatoires sont observées surtout en laboratoire, et son absorption intestinale est faible.
- L’Anses a recensé en France plus de 100 effets indésirables liés aux compléments de curcuma, dont 15 hépatites.
- Les formules « à haute biodisponibilité », notamment avec de la pipérine, posent davantage de risques pour le foie.
- Des interactions sont possibles avec les anticoagulants, certains anticancéreux et les immunosuppresseurs.
La curcumine et la protection des artères sont souvent associées dans les publicités pour compléments, mais cette association ne repose pas sur des preuves cliniques suffisantes. La curcumine est le principal pigment du curcuma ; elle intéresse les chercheurs pour ses effets sur l’inflammation et l’oxydation, deux processus impliqués dans l’athérosclérose. Entre ces observations et un bénéfice pour vos artères, il manque des essais concluants, alors que les risques des compléments sont, eux, documentés.
Qu’est-ce que la curcumine ?
La curcumine est le principal curcuminoïde, c’est-à-dire l’un des pigments jaunes extraits du rhizome du curcuma (Curcuma longa), l’épice des currys. Selon le VIDAL, les curcuminoïdes ont des propriétés antioxydantes et anti-inflammatoires marquées, mais leur absorption par l’intestin est limitée. Une large part de la curcumine avalée n’atteint donc pas la circulation sanguine sous forme active.
L’Agence européenne des médicaments reconnaît au curcuma un seul usage « traditionnel » : le soulagement des digestions difficiles, sur une durée de deux semaines au plus, selon le VIDAL. Aucun usage vasculaire n’est reconnu.
La curcumine protège-t-elle vraiment les artères ?
Ce n’est pas démontré. Le National Center for Complementary and Integrative Health (NCCIH), rattaché aux NIH américains, conclut qu’on ne dispose pas d’assez de données pour affirmer que le curcuma ou la curcumine sont bénéfiques pour quelque usage de santé que ce soit. Les pistes les plus avancées concernent la douleur de l’arthrose et la stéatose hépatique non alcoolique, pas les artères, et elles demandent encore des études de meilleure qualité.
L’athérosclérose, c’est-à-dire la formation progressive de plaques dans la paroi des artères, fait intervenir une inflammation chronique. Qu’une molécule réduise des marqueurs inflammatoires en laboratoire ne prouve pas qu’elle diminue les infarctus ou les accidents vasculaires cérébraux. Les articles consacrés à la curcumine et l’inflammation vasculaire et au resvératrol et la protection des artères abordent des questions voisines.
Pourquoi améliorer l’absorption de la curcumine pose-t-il problème ?
Parce que les formules plus absorbées sont aussi celles qui exposent le plus le foie. Pour contourner la faible absorption, des fabricants associent la curcumine à la pipérine, extraite du poivre noir, ou utilisent d’autres formulations. Le NCCIH indique que des atteintes du foie ont été rapportées chez des personnes ayant consommé ces formules à haute biodisponibilité.
En juin 2022, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses) a publié un avis sur ce sujet. Ses principaux constats :
| Constat | Détail selon l’Anses |
|---|---|
| Signalements en France | Plus de 100 effets indésirables recensés par la nutrivigilance, dont 15 hépatites |
| Signalements en Italie | Une vingtaine de cas d’hépatite |
| Personnes à risque | Personnes atteintes de maladies des voies biliaires, le curcuma stimulant la sécrétion de bile |
| Interactions | Anticoagulants, anticancéreux et immunosuppresseurs : efficacité ou sécurité du traitement possiblement modifiée |
| Formules à biodisponibilité augmentée | Risque accru, même lorsque la dose affichée paraît conforme |
| Dose journalière admissible | 180 mg de curcumine par jour pour un adulte de 60 kg, valeur fixée par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) |
L’Anses demande aux fabricants des données de biodisponibilité pour chaque formulation, afin de fixer des limites adaptées.
Qui doit éviter les compléments de curcumine ?
Certaines situations imposent la prudence ou l’abstention. D’après l’Anses et le VIDAL :
- les personnes ayant une obstruction des voies biliaires, par exemple des calculs biliaires, chez qui le curcuma est contre-indiqué ;
- les personnes ayant une maladie du foie, qui doivent demander un avis médical ;
- les personnes sous anticoagulant, anticancéreux ou immunosuppresseur, en raison des interactions possibles ;
- toute personne qui prend un médicament, à qui le NCCIH conseille d’en parler à un professionnel de santé avant un produit à base de plantes.
L’épice utilisée en cuisine, aux quantités habituelles, ne relève pas des mêmes mises en garde que les compléments concentrés.
Que faire pour protéger ses artères ?
Les leviers reconnus sont ceux de la prévention cardiovasculaire classique. Pour l’hypertension, l’Assurance Maladie cite comme facteurs modifiables l’excès de sel, l’alcool, la sédentarité, le surpoids, le tabac, le manque de sommeil et le stress chronique ; faire contrôler la tension, le cholestérol et la glycémie complète ces mesures. Les chiffres obtenus à domicile ou avec un objet connecté aident à préparer une consultation, mais les mesures de santé ne remplacent pas un médecin. Le guide à quoi servent les mesures de santé explique comment les utiliser.
Quand consulter ?
Parlez à votre médecin ou à votre pharmacien avant de prendre un complément de curcuma ou de curcumine, en particulier si vous avez un traitement au long cours ou une maladie du foie ou des voies biliaires. Arrêtez le complément et consultez en cas de fatigue inhabituelle, de nausées, d’urines foncées ou de jaunissement de la peau ou des yeux, signes d’atteinte du foie cités par le NCCIH. Une douleur thoracique ou des signes d’accident vasculaire cérébral imposent d’appeler le 15 ou le 112.
Questions fréquentes
La curcumine peut-elle déboucher les artères ?
Non, aucune étude ne le montre chez l’humain. Selon le NCCIH, les données sont insuffisantes pour conclure à un bénéfice de la curcumine pour un quelconque usage de santé.
Le curcuma en cuisine est-il dangereux ?
Les alertes de l’Anses visent les compléments alimentaires, en particulier les formules à absorption augmentée. L’épice consommée dans les plats n’est pas concernée de la même façon.
Pourquoi associer curcumine et poivre noir ?
La pipérine du poivre noir augmente l’absorption de la curcumine. Selon l’Anses et le NCCIH, ces formules plus absorbées sont aussi associées à davantage de risques pour le foie.
Peut-on prendre de la curcumine avec un anticoagulant ?
L’Anses signale un risque d’interaction avec les anticoagulants, qui peut modifier l’efficacité ou la sécurité du traitement. La question est à poser au médecin ou au pharmacien avant toute prise.
Quelle est la dose maximale de curcumine ?
L’EFSA a fixé une dose journalière admissible de 180 mg de curcumine pour un adulte de 60 kg, toutes sources confondues. Ce repère de sécurité n’est pas une dose conseillée.
Qu’est-ce que la curcumine ?
La curcumine est le principal curcuminoïde, l’un des pigments jaunes extraits du rhizome du curcuma, l’épice des currys. Elle intéresse les chercheurs pour ses effets sur l’inflammation et l’oxydation, mais son absorption par l’intestin est limitée : une large part de la curcumine avalée n’atteint pas la circulation sanguine sous forme active.
Sources
- Anses : Des effets indésirables liés à la consommation de compléments alimentaires contenant du curcuma — signalements, hépatites, personnes à risque, interactions, dose journalière admissible
- NCCIH (NIH) : Turmeric — état des preuves, formules biodisponibles, atteintes du foie, pipérine
- VIDAL : Curcuma (phytothérapie) — curcuminoïdes, absorption limitée, usage traditionnel reconnu, contre-indications
- Assurance Maladie : Hypertension artérielle, définition et facteurs favorisants — facteurs de risque modifiables
Information éducative ; une mesure ne remplace pas un avis médical.
Mis à jour le 3 octobre 2026

