- La vitamine K2 active des protéines qui pourraient freiner les dépôts de calcium dans la paroi des artères, mais son effet protecteur chez l’humain reste mal établi.
- La vitamine K2 regroupe les ménaquinones (MK-4, MK-7…), surtout présentes dans les aliments fermentés (natto, fromages) et certains produits animaux.
- Les essais cliniques sur la calcification vasculaire donnent des résultats partagés, selon l’Institut Linus Pauling.
- Sous anticoagulant de type antivitamine K (AVK), de petites quantités de K2 en complément peuvent modifier l’effet du traitement.
La vitamine K2 intervient dans l’activation de protéines qui pourraient empêcher le calcium de se déposer là où il ne devrait pas, notamment dans les vaisseaux. Le lien entre vitamine K2 et protection vasculaire repose sur ce mécanisme biologique bien décrit, alors que les preuves d’un bénéfice clinique restent limitées. Voici ce que l’on sait, ce qui reste incertain et les précautions à connaître.
Qu’est-ce que la vitamine K2 et en quoi diffère-t-elle de la K1 ?
La vitamine K existe sous deux grandes formes. La vitamine K1, ou phylloquinone, est fabriquée par les plantes : selon l’Institut Linus Pauling (université d’État de l’Oregon), c’est la forme majoritaire de l’alimentation, apportée surtout par les légumes à feuilles vertes. La vitamine K2 désigne un ensemble de molécules appelées ménaquinones, notées MK-n selon la longueur de leur chaîne : MK-4, MK-7, MK-9…
La plupart des ménaquinones sont produites par des bactéries, ce qui explique leur présence dans les aliments fermentés. La MK-4 fait exception : elle est la seule ménaquinone qui n’est pas d’origine bactérienne et se trouve dans les produits animaux.
Comment la vitamine K agit-elle sur les artères ?
La vitamine K sert de cofacteur, c’est-à-dire de molécule indispensable au fonctionnement d’une enzyme, pour une réaction appelée carboxylation. Cette réaction active les protéines dites « à Gla », dont plusieurs facteurs de la coagulation et la protéine Gla matricielle (MGP, pour matrix Gla protein).
Selon l’Office of Dietary Supplements (ODS) des National Institutes of Health américains, la MGP est présente dans les cellules musculaires lisses des vaisseaux, l’os et le cartilage, et fait l’objet de nombreuses recherches parce qu’elle pourrait aider à réduire la calcification anormale. L’Institut Linus Pauling précise que la MGP non carboxylée, donc inactive, est retrouvée en majorité dans la paroi des carotides de patients atteints d’athérosclérose, alors qu’elle est absente chez des sujets en bonne santé.
La calcification vasculaire désigne le dépôt de sels de calcium dans la paroi des artères. Le suivi de la calcification artérielle et de ses liens avec la vitamine K2 fait l’objet d’un article dédié.
Que montrent les études chez l’humain ?
Les études d’observation et les essais d’intervention ne vont pas tous dans le même sens. Le tableau ci-dessous résume les principaux résultats cités par l’Institut Linus Pauling et l’ODS.
| Type d’étude | Résultat rapporté | Limite |
|---|---|---|
| Observation, 564 femmes ménopausées | Apports les plus élevés en ménaquinones associés à une prévalence de calcification coronaire réduite de 20 % | Association, sans preuve de cause à effet |
| Essai randomisé de 3 ans, adultes de 60 à 80 ans (vitamine K1) | Selon l’ODS, progression de la calcification coronaire moindre chez les 295 participants ayant suivi le protocole | Pas de différence significative entre les groupes sur les 388 participants analysés (ODS) |
| Petits essais chez des personnes à haut risque (vitamine K2) | Pas de bénéfice sur la progression de la calcification | Effectifs réduits |
| Méta-analyse d’essais contrôlés | Baisse de la MGP inactive (7 essais) et ralentissement de la calcification (3 essais) | Forte hétérogénéité entre les études |
Ces données ne permettent pas d’affirmer qu’un complément de vitamine K2 prévient les maladies cardiovasculaires. Les facteurs de risque reconnus (tension artérielle, cholestérol, tabac, diabète, sédentarité, tour de taille) restent les leviers documentés. Le guide sur la mesure du tour de taille et le risque associé explique comment suivre l’un d’eux.
Quels aliments apportent de la vitamine K2 ?
La vitamine K2 se trouve surtout dans les aliments fermentés et certains produits d’origine animale. Selon l’Institut Linus Pauling, le natto, un plat japonais de soja fermenté, contient environ 998 µg de MK-7 pour 100 g, ce qui en fait une source particulièrement riche.
- Natto : MK-7 en grande quantité.
- Fromages : MK-8 et MK-9.
- Lait et produits laitiers : MK-4.
- Foies d’animaux : ménaquinones à longue chaîne.
La vitamine K est liposoluble : elle a besoin de graisses et de sels biliaires pour être absorbée dans l’intestin grêle. L’Institut Linus Pauling souligne que les ménaquinones fabriquées par les bactéries du côlon sont donc probablement peu absorbées, car les sels biliaires y font défaut.
Pour les adultes, l’ODS indique un apport adéquat de vitamine K (toutes formes) de 120 µg par jour pour les hommes et de 90 µg par jour pour les femmes, selon les références nord-américaines.
Peut-on prendre un complément de vitamine K2 ?
Un complément de vitamine K2 n’a pas d’intérêt démontré pour la prévention cardiovasculaire et peut poser problème en cas de traitement anticoagulant. Selon l’Institut Linus Pauling, aucune toxicité n’est connue pour les doses élevées de vitamine K1 ou K2 d’origine naturelle ; le principal risque concerne les interactions.
Le cas des anticoagulants antivitamine K
Les antivitamines K (AVK), comme la warfarine, agissent en bloquant le recyclage de la vitamine K. L’ODS rappelle que les personnes sous warfarine doivent garder des apports en vitamine K réguliers, car un changement brusque peut augmenter ou diminuer l’effet du traitement. L’Institut Linus Pauling précise que la stabilité de l’anticoagulation peut être perturbée par des prises quotidiennes de MK-7 dès 10 à 20 µg.
Les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) conseillent aux patients sous AVK une alimentation équilibrée et variée, sans interdire d’aliment, en évitant les écarts par rapport à leurs habitudes et en prévenant le médecin avant tout régime.
Quelles erreurs éviter ?
- Considérer la vitamine K2 comme un traitement de l’athérosclérose ou de l’hypertension.
- Commencer un complément sous AVK sans en parler au médecin.
- Négliger les mesures qui comptent : tension, bilan lipidique, arrêt du tabac, activité physique.
Pour replacer ces repères dans un suivi plus large, le guide à quoi servent les mesures de santé présente les indicateurs utiles, et l’article sur la vitamine K2 et la santé des artères complète ce sujet.
Quand consulter ?
Parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien avant tout complément si vous prenez un anticoagulant, si vous suivez un traitement au long cours ou si une calcification artérielle a été signalée sur un examen. Un saignement inhabituel sous AVK (gencives, urines, selles noires, hématomes) justifie un avis rapide. Une douleur dans la poitrine, un essoufflement brutal ou des signes d’accident vasculaire cérébral imposent d’appeler le 15 ou le 112.
Questions fréquentes
La vitamine K2 protège-t-elle les artères ?
Elle active la protéine MGP, qui pourrait freiner la calcification des vaisseaux. Les essais cliniques donnent toutefois des résultats partagés, et aucun bénéfice cardiovasculaire n’est démontré pour les compléments.
Quelle différence entre vitamine K1 et K2 ?
La K1, ou phylloquinone, provient des plantes et domine dans l’alimentation. La K2 regroupe les ménaquinones, produites surtout par des bactéries et présentes dans les aliments fermentés et certains produits animaux.
Quels aliments sont riches en vitamine K2 ?
Le natto en est une source particulièrement riche, avec environ 998 µg de MK-7 pour 100 g selon l’Institut Linus Pauling. Les fromages, le lait et le foie en apportent aussi.
Peut-on prendre de la vitamine K2 sous anticoagulant ?
Sous antivitamine K, de faibles doses quotidiennes de MK-7 peuvent déstabiliser le traitement. Tout complément doit être discuté avec le médecin ou le pharmacien avant d’être commencé.
Qu’est-ce que la calcification vasculaire ?
La calcification vasculaire désigne le dépôt de sels de calcium dans la paroi des artères. La vitamine K active des protéines, dont la protéine Gla matricielle (MGP), qui pourraient empêcher le calcium de se déposer là où il ne devrait pas. Les preuves d’un bénéfice clinique d’un complément de vitamine K2 restent toutefois limitées.
Quelles erreurs éviter avec la vitamine K2 ?
Il faut éviter de considérer la vitamine K2 comme un traitement de l’athérosclérose ou de l’hypertension, de commencer un complément sous anticoagulant antivitamine K sans en parler au médecin, et de négliger les mesures qui comptent : tension, bilan lipidique, arrêt du tabac, activité physique. Son intérêt cardiovasculaire n’est pas démontré.
Sources
- Office of Dietary Supplements (NIH) : Vitamin K – Fact Sheet for Health Professionals — formes, sources, apports adéquats, rôle de la MGP, essai sur la calcification coronaire, warfarine
- Institut Linus Pauling (Oregon State University) : Vitamin K — MK-4 et MK-7, teneur du natto, absorption, études d’observation et d’intervention, toxicité, MK-7 et warfarine
- Hôpitaux universitaires de Genève : Votre traitement anticoagulant par AVK, précautions alimentaires — conseils alimentaires sous AVK
Information éducative ; une mesure ne remplace pas un avis médical.
Mis à jour le 3 octobre 2026

