- La vitamine E est un antioxydant liposoluble qui intervient dans plusieurs mécanismes liés aux vaisseaux, mais les essais cliniques n’ont pas montré que sa prise en complément protège le cœur ou les artères.
- Le groupe d’experts américain USPSTF recommande de ne pas utiliser de suppléments de vitamine E pour prévenir les maladies cardiovasculaires.
- Selon l’Anses, l’apport satisfaisant est de 10 mg par jour chez l’homme adulte et de 9 mg par jour chez la femme adulte.
- Les huiles végétales, les graines et les fruits à coque couvrent l’essentiel des besoins ; la carence est rare chez les personnes en bonne santé.
- À forte dose, la vitamine E peut augmenter le risque de saignement, notamment avec un anticoagulant.
La vitamine E et la protection vasculaire forment un duo souvent mis en avant, mais les études menées chez l’humain n’ont pas confirmé qu’un complément de vitamine E réduise le risque d’infarctus ou d’accident vasculaire cérébral (AVC). Cet article fait le point sur son rôle biologique, ce que montrent les grands essais, les apports conseillés et les précautions à connaître.
Qu’est-ce que la vitamine E et quel est son rôle dans les vaisseaux ?
La vitamine E est un ensemble de huit composés liposolubles (solubles dans les graisses), dont l’alpha-tocophérol est la forme active chez l’humain, selon l’Office of Dietary Supplements (ODS) des National Institutes of Health américains. Elle agit comme antioxydant : elle limite la formation d’espèces réactives de l’oxygène, des molécules instables produites lorsque les graisses s’oxydent.
L’ODS décrit trois mécanismes en lien avec les vaisseaux : la vitamine E freine l’oxydation du cholestérol LDL (lipoprotéines de basse densité), réduit l’agrégation des plaquettes et favorise la dilatation des vaisseaux par la libération de prostacycline. Ces observations, faites en laboratoire, ont nourri l’hypothèse d’un effet protecteur sur les artères. Le lien entre ces mécanismes et la paroi des vaisseaux est détaillé dans notre article sur la vitamine E et la fonction endothéliale.
Les compléments de vitamine E protègent-ils le cœur et les artères ?
Non : les grands essais randomisés n’ont pas mis en évidence de protection cardiovasculaire chez les personnes prenant de la vitamine E en complément. L’ODS résume ainsi plusieurs études de référence.
| Essai (selon l’ODS) | Dose étudiée | Résultat principal |
|---|---|---|
| HOPE et HOPE-TOO | 400 UI par jour | Pas de protection significative contre l’infarctus, l’AVC ou l’angor instable ; 13 % de risque supplémentaire d’insuffisance cardiaque |
| Women’s Health Study | 600 UI un jour sur deux | Pas de différence significative sur l’ensemble des événements cardiovasculaires |
| Physicians’ Health Study II | 400 UI un jour sur deux | Aucun effet sur les événements cardiovasculaires majeurs ; hausse significative du risque d’AVC hémorragique |
Sur la base de ces données, l’US Preventive Services Task Force (USPSTF), groupe d’experts indépendant chargé de la prévention aux États-Unis, a publié en 2022 une recommandation de grade D : il déconseille la vitamine E en complément pour prévenir les maladies cardiovasculaires ou le cancer chez l’adulte, faute de bénéfice net démontré.
De quelle quantité de vitamine E a-t-on besoin chaque jour ?
Selon l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses), l’apport satisfaisant en vitamine E est de 10 mg par jour pour un homme adulte et de 9 mg par jour pour une femme adulte. L’Anses fixe une limite supérieure de sécurité de 300 mg par jour chez l’adulte. Aux États-Unis, l’ODS retient un apport recommandé de 15 mg par jour d’alpha-tocophérol et une limite de 1 000 mg par jour : les repères varient selon les pays et les méthodes.
D’après l’ODS, une carence franche est rare chez les personnes en bonne santé ; elle concerne surtout les personnes atteintes d’une maladie qui empêche l’absorption des graisses.
Quels aliments apportent de la vitamine E ?
Les huiles végétales, les graines et les fruits à coque sont les principales sources alimentaires de vitamine E. L’ODS cite notamment :
- l’huile de germe de blé : environ 20 mg par cuillère à soupe ;
- les graines de tournesol : environ 7,4 mg pour 28 g ;
- les amandes : environ 6,8 mg pour 28 g ;
- l’huile de tournesol : environ 5,6 mg par cuillère à soupe ;
- les noisettes : environ 4,3 mg pour 28 g.
Une alimentation variée qui inclut ces aliments permet en général de couvrir les besoins sans recourir à un complément. Pour la santé des artères, les repères qui comptent le plus restent ceux suivis par votre médecin, comme la tension et le bilan lipidique : notre guide pour comprendre un chiffre de cholestérol explique comment lire ce bilan.
Quelles précautions avec les compléments de vitamine E ?
La principale précaution concerne le risque de saignement : selon l’ODS, de fortes doses de vitamine E peuvent augmenter ce risque chez les personnes traitées par un anticoagulant comme la warfarine. L’essai Physicians’ Health Study II a aussi relevé davantage d’AVC hémorragiques dans le groupe vitamine E.
L’ODS signale par ailleurs qu’une association d’antioxydants incluant la vitamine E a atténué la hausse du cholestérol HDL attendue chez des personnes traitées par simvastatine et niacine. Le rôle de la niacine sur les vaisseaux est abordé dans notre article sur la niacine et la fonction vasculaire.
L’Anses rappelle que les compléments alimentaires ne sont pas des médicaments, qu’ils ne font pas l’objet d’une autorisation individuelle avant leur mise sur le marché, et recommande de demander conseil à un professionnel de santé avant d’en consommer, d’éviter de les cumuler et de signaler tout effet indésirable au dispositif de nutrivigilance.
Que faire pour protéger ses vaisseaux au quotidien ?
La prévention cardiovasculaire repose sur le suivi des facteurs de risque et l’hygiène de vie plutôt que sur une vitamine isolée. Faire mesurer régulièrement sa tension artérielle, son cholestérol et sa glycémie, comme le propose notre guide Mesurer pour prévenir, permet de repérer tôt ce qui mérite une prise en charge. Une alimentation variée, riche en végétaux, apporte la vitamine E nécessaire en même temps que d’autres nutriments.
Quand consulter ?
Parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien avant toute supplémentation, en particulier si vous prenez un anticoagulant, un antiagrégant plaquettaire ou un traitement contre le cholestérol, ou si une intervention chirurgicale est prévue. Une douleur dans la poitrine, une faiblesse ou un engourdissement d’un côté du corps, ou une difficulté soudaine à parler imposent d’appeler le 15 ou le 112.
Questions fréquentes
La vitamine E prévient-elle l’infarctus ?
Les grands essais cités par l’ODS, comme HOPE ou la Physicians’ Health Study II, n’ont pas montré de réduction des infarctus avec un complément de vitamine E. L’USPSTF déconseille donc son usage dans ce but.
Faut-il prendre de la vitamine E après 50 ans pour ses artères ?
Aucune recommandation officielle ne conseille un complément de vitamine E pour protéger les artères, quel que soit l’âge. Une alimentation variée couvre en général les besoins ; le médecin peut juger d’une éventuelle carence.
La vitamine E fluidifie-t-elle le sang ?
Elle réduit l’agrégation des plaquettes, selon l’ODS, et peut augmenter le risque de saignement à forte dose, notamment avec un anticoagulant. Ce n’est pas un traitement et elle ne remplace aucun médicament prescrit.
Quelle est la dose maximale de vitamine E à ne pas dépasser ?
L’Anses fixe une limite supérieure de sécurité de 300 mg par jour chez l’adulte. Les apports alimentaires habituels restent très en dessous.
Quels aliments sont les plus riches en vitamine E ?
L’huile de germe de blé, les graines et l’huile de tournesol, les amandes et les noisettes figurent parmi les meilleures sources, selon l’ODS.
Qu’est-ce que la vitamine E ?
La vitamine E est un ensemble de huit composés liposolubles, c’est-à-dire solubles dans les graisses, dont l’alpha-tocophérol est la forme active chez l’humain, selon l’ODS. Elle agit comme antioxydant : elle limite la formation d’espèces réactives de l’oxygène, des molécules instables produites lorsque les graisses s’oxydent.
Sources
- Office of Dietary Supplements (NIH) : Vitamin E – Fact Sheet for Health Professionals — formes, mécanismes, sources alimentaires, essais HOPE, WHS, PHS II, interactions
- USPSTF : Vitamin, Mineral, and Multivitamin Supplementation to Prevent Cardiovascular Disease and Cancer — recommandation de grade D contre la vitamine E en prévention
- Anses : Les références nutritionnelles en vitamines et minéraux — apports satisfaisants et limite supérieure de sécurité
- Anses : Les compléments alimentaires — statut réglementaire, conseils de prudence, nutrivigilance
Information éducative ; une mesure ne remplace pas un avis médical.
Mis à jour le 3 octobre 2026

