- Les compléments de vitamine E ne protègent pas les artères : les grands essais n’ont pas réduit les infarctus ni les AVC.
- L’hypothèse reposait sur l’oxydation des LDL, étape de la formation de la plaque d’athérome décrite par l’Inserm.
- L’US Preventive Services Task Force recommande de ne pas prendre de vitamine E en prévention cardiovasculaire (2022).
- Selon l’Anses, la limite supérieure de sécurité est de 300 mg par jour ; à forte dose, le risque de saignement augmente.
- La protection des artères passe par le contrôle du tabac, de la tension, du cholestérol et du diabète.
La vitamine E et la protection des artères ont longtemps été associées, mais les essais cliniques ont montré que des compléments de vitamine E ne réduisent pas le risque d’infarctus ou d’accident vasculaire cérébral (AVC). Cet antioxydant reste un nutriment nécessaire, apporté par l’alimentation. Voici sept points pour comprendre d’où venait l’espoir et ce qu’en disent les données actuelles.
Comment les artères s’abîment-elles ?
Le principal mécanisme est l’athérosclérose. Selon l’Inserm, des LDL, les particules qui transportent le cholestérol, s’accumulent dans la paroi des artères, en particulier aux bifurcations. Elles y sont modifiées chimiquement, notamment oxydées, ce qui attire des cellules immunitaires appelées macrophages. Ces cellules se gorgent de lipides et meurent sur place : une plaque d’athérome se forme, recouverte d’une chape fibreuse. Si cette chape se rompt, un caillot peut boucher l’artère. L’Inserm cite des données suédoises selon lesquelles environ 40 % des personnes sans maladie cardiaque connue présenteraient des dépôts d’athérome.
Pourquoi a-t-on pensé que la vitamine E protégerait les artères ?
Parce qu’elle est antioxydante. La vitamine E désigne un groupe de composés liposolubles, c’est-à-dire solubles dans les graisses ; selon l’Office of Dietary Supplements des National Institutes of Health (NIH, États-Unis), seule la forme alpha-tocophérol répond aux besoins humains. En laboratoire, elle limite l’oxydation des graisses, favorise la libération de prostacycline, qui dilate les vaisseaux et réduit l’agrégation des plaquettes, et freine une enzyme des cellules musculaires de la paroi. Si l’oxydation des LDL favorise la plaque, un antioxydant devait logiquement la ralentir.
Que montrent les essais cliniques ?
Les essais randomisés n’ont pas confirmé cette hypothèse. Le tableau reprend les résultats rapportés par l’Office of Dietary Supplements.
| Essai | Schéma étudié | Résultat sur les artères et le cœur |
|---|---|---|
| HOPE | 400 UI par jour pendant 4,5 ans | Pas moins d’événements cardiovasculaires ni d’hospitalisations que le placebo |
| HOPE-TOO | Prolongation du suivi de HOPE | Risque d’insuffisance cardiaque augmenté de 13 % |
| Women’s Health Study | 600 UI un jour sur deux | Pas de différence significative sur les événements cardiovasculaires |
| Physicians’ Health Study II | 400 UI un jour sur deux | Aucun effet sur les événements majeurs ; plus d’AVC hémorragiques |
Que recommandent les autorités de santé ?
Elles ne recommandent pas la vitamine E pour protéger les artères. L’US Preventive Services Task Force (USPSTF) a conclu en 2022, avec un degré de certitude modéré, à l’absence de bénéfice net de la vitamine E pour prévenir les maladies cardiovasculaires et les cancers, et recommande de ne pas l’utiliser dans ce but (grade D). Les mesures documentées restent l’arrêt du tabac, l’activité physique, une alimentation équilibrée et le contrôle de la tension, du cholestérol et de la glycémie, avec un traitement si le médecin le juge nécessaire.
Quels risques présentent les compléments ?
Le principal risque est le saignement. Selon l’Office of Dietary Supplements, les fortes doses augmentent le risque hémorragique, surtout avec un anticoagulant comme la warfarine ; l’essai Physicians’ Health Study II a relevé davantage d’AVC hémorragiques. L’Anses fixe pour l’adulte une limite supérieure de sécurité de 300 mg par jour.
Comment couvrir ses besoins et suivre ses artères ?
L’alimentation suffit dans la grande majorité des cas. Selon l’Anses, l’apport satisfaisant est de 10 mg par jour chez l’homme adulte et de 9 mg par jour chez la femme adulte. Les huiles végétales, les fruits à coque, les graines et les légumes à feuilles vertes en apportent, selon l’Office of Dietary Supplements. La carence franche est rare et concerne surtout les maladies qui gênent l’absorption des graisses.
Pour l’état des artères, les repères utiles sont le bilan lipidique et la tension artérielle, suivis dans la durée. Les guides comprendre un chiffre de cholestérol et comprendre les chiffres de la tension expliquent comment les lire. Les mécanismes vasculaires sont approfondis dans les articles sur la vitamine E et la fonction endothéliale et sur la niacine et la santé des artères.
Quand consulter ?
Consultez votre médecin si votre bilan lipidique ou votre tension sortent des repères indiqués, avant de prendre un complément de vitamine E si vous suivez un traitement anticoagulant ou antiagrégant, ou si des saignements inhabituels apparaissent. Une douleur à la marche qui oblige à s’arrêter mérite aussi un avis. Une douleur thoracique, une faiblesse d’un côté du corps ou un trouble brutal de la parole imposent d’appeler le 15 ou le 112.
Questions fréquentes
La vitamine E nettoie-t-elle les artères ?
Non. Aucun essai n’a montré qu’un complément de vitamine E fasse régresser une plaque d’athérome ou réduise les infarctus et les AVC.
Pourquoi la vitamine E a-t-elle été associée au cœur ?
Elle est antioxydante, et l’oxydation des LDL participe à la formation de la plaque, selon l’Inserm. Les grands essais randomisés n’ont pourtant pas montré de bénéfice clinique.
La vitamine E peut-elle être dangereuse ?
À forte dose, elle augmente le risque de saignement, surtout avec un anticoagulant. L’essai Physicians’ Health Study II a relevé plus d’AVC hémorragiques dans le groupe vitamine E.
Quels aliments apportent de la vitamine E ?
Les huiles végétales, les fruits à coque, les graines et les légumes à feuilles vertes. Selon l’Anses, l’apport satisfaisant est de 10 mg par jour chez l’homme et de 9 mg chez la femme.
Que surveiller pour la santé de ses artères ?
Le cholestérol, la tension artérielle, la glycémie, le poids et le tabagisme. Leur suivi régulier avec le médecin permet d’estimer le risque cardiovasculaire global.
Que recommandent les autorités de santé sur la vitamine E ?
Elles ne recommandent pas la vitamine E pour protéger les artères. L’US Preventive Services Task Force a conclu en 2022, avec un degré de certitude modéré, à l’absence de bénéfice net de la vitamine E pour prévenir les maladies cardiovasculaires et les cancers, et recommande de ne pas l’utiliser dans ce but.
Sources
- Inserm : Athérosclérose — formation de la plaque, rôle des LDL oxydés, données sur la fréquence des dépôts
- NIH Office of Dietary Supplements : Vitamin E – Fact Sheet for Health Professionals — mécanismes, essais HOPE, WHS, PHS II, risque de saignement
- USPSTF : Vitamin, Mineral, and Multivitamin Supplementation to Prevent Cardiovascular Disease and Cancer — recommandation contre la vitamine E (2022)
- Anses : Les références nutritionnelles en vitamines et minéraux — apport satisfaisant et limite supérieure de sécurité
Information éducative ; une mesure ne remplace pas un avis médical.
Mis à jour le 3 octobre 2026

