- Selon Santé publique France, 33,1 % des adultes de 18 à 79 ans déclarent une plainte d’insomnie (2024) ; le chiffre de « trois Français sur quatre » ne correspond à aucune de ces mesures.
- On parle d’insomnie chronique lorsque les troubles surviennent plus de trois fois par semaine depuis plus de trois mois.
- La Haute Autorité de santé place la thérapie comportementale en première intention ; les somnifères sont réservés à des situations précises et de courte durée.
- Les huiles essentielles ne figurent pas parmi ces mesures de première intention ; l’ANSES les déconseille aux enfants et aux femmes enceintes.
Les troubles du sommeil font l’objet de chiffres très variables d’une source à l’autre, et l’un d’eux, « près de trois quarts des Français », circule beaucoup sans qu’on sache à quelle enquête il renvoie. Cet article reprend les données publiées par les organismes officiels, explique comment elles se lisent, puis fait le point sur la place des huiles essentielles, souvent évoquées pour mieux dormir.
Combien de Français sont concernés par les troubles du sommeil ?
Santé publique France publie plusieurs mesures, qui ne se comparent pas directement car elles ne posent pas la même question.
| Mesure | Population | Résultat |
|---|---|---|
| Plainte d’insomnie (2024) | Adultes de 18 à 79 ans | 33,1 % (37,7 % des femmes, 28,2 % des hommes) |
| Symptômes évocateurs d’insomnie chronique (2017) | Adultes de 18 à 75 ans | 13,1 % (16,9 % des femmes, 9,1 % des hommes) |
| Difficultés de sommeil dans les huit jours précédents (2017) | Adultes | 49 % |
| Même question, janvier 2022 (contexte de pandémie) | Adultes | 66 % |
La proportion dépend de la définition retenue (mauvaise nuit récente, plainte d’insomnie, trouble durable). Aucune de ces mesures n’atteint les trois quarts de la population.
Les périodes de tension se lisent aussi dans la consommation de médicaments. Dans un point de situation publié en juin 2020 par l’Agence du médicament à partir des données de l’Assurance Maladie, l’usage des hypnotiques augmentait de 6,9 % la première semaine suivant la fin du confinement, et celui des anxiolytiques de 1,2 %. L’agence relie cette évolution aux conséquences sociales, professionnelles et économiques du confinement, qui ont pu favoriser troubles du sommeil et anxiété.
Comment distinguer une mauvaise nuit d’une insomnie chronique ?
L’Assurance Maladie définit l’insomnie comme le sentiment d’avoir mal dormi, du fait de difficultés d’endormissement, de réveils nocturnes ou de réveils trop précoces, avec un retentissement sur la journée suivante. Elle peut être ponctuelle, après un événement perturbant, ou durable. Le cap de la chronicité est fixé à plus de trois fois par semaine pendant plus de trois mois.
Plusieurs facteurs favorisants sont décrits :
- le stress, l’anxiété et la dépression, à l’origine de plus de la moitié des insomnies ;
- les excitants (café, thé), les repas copieux le soir, l’alcool et le tabac ;
- l’usage prolongé d’écrans le soir ;
- un environnement inadapté (bruit, lumière, température) ;
- certaines causes médicales, comme le reflux gastro-œsophagien, l’asthme nocturne ou les douleurs chroniques.
Pour la lecture des données d’un bracelet ou d’une montre, voir notre guide sur le suivi du sommeil sans angoisse.
Que recommande la Haute Autorité de santé ?
Pour l’adulte qui se plaint d’insomnie, la HAS indique que le diagnostic est essentiellement clinique et porte sur l’ensemble du cycle veille-sommeil. Le traitement préférentiel de première intention est, dans la mesure du possible, une thérapie comportementale ou une psychothérapie, associée à des règles d’hygiène du sommeil et à une régulation du rythme veille-sommeil.
Les hypnotiques ne sont envisagés que pour des épisodes ponctuels, après réévaluation, aux doses les plus faibles et pour la durée la plus courte possible. L’arrêt d’une benzodiazépine suit un protocole de réduction progressive. Une orientation vers un spécialiste du sommeil est réservée aux insomnies atypiques, résistantes au traitement ou associées à un autre trouble du sommeil.
Quelle place pour les huiles essentielles ?
Les huiles essentielles ne font pas partie des mesures de première intention que décrit la HAS. Leur usage reste un choix personnel, qui appelle quelques précautions rappelées par l’ANSES :
- elles sont déconseillées aux enfants et aux femmes enceintes ;
- un avis professionnel (pharmacien, médecin) est recommandé avant de les utiliser ;
- elles ne s’appliquent jamais pures sur les muqueuses ;
- les pièces où l’on diffuse doivent être aérées ;
- les flacons se rangent hors de portée des enfants, qui peuvent les confondre avec un médicament (de la vitamine D, par exemple) ; les intoxications accidentelles ont augmenté entre 2011 et 2021.
L’ANSES rappelle également que la réglementation varie selon l’usage : un même produit relève de règles différentes selon qu’il est destiné à la cosmétique, à l’alimentation ou aux produits biocides. Les soins capillaires, comme une huile essentielle cheveux, appartiennent à la catégorie cosmétique, sans rapport avec le sommeil, et leur étiquetage doit indiquer les précautions d’emploi.
Quelles habitudes l’Assurance Maladie conseille-t-elle ?
Les mesures d’hygiène du sommeil détaillées par l’Assurance Maladie reposent sur des repères simples :
- se coucher et se lever à heure régulière, y compris le week-end ;
- arrêter les écrans idéalement une heure avant le coucher et sortir les appareils de la chambre ;
- supprimer les excitants (thé, boissons caféinées) dès 14 heures ;
- limiter l’alcool ;
- garder une chambre sombre, calme et fraîche (18 à 20 °C selon l’Assurance Maladie), et réserver le lit au sommeil ;
- limiter la sieste à 5 à 20 minutes, entre 12 h et 15 h.
Notre guide sur les signaux d’un sommeil de mauvaise qualité permet d’identifier ce qui mérite d’être noté avant un rendez-vous, et celui sur la différence entre une mesure et un diagnostic rappelle les limites des données d’un appareil.
Quand consulter ?
Une consultation est recommandée lorsque les troubles persistent malgré de bonnes habitudes de sommeil, ou lorsqu’ils s’accompagnent de ronflements, de pauses respiratoires pendant la nuit, de mouvements ou d’impatiences des jambes, d’une fatigue persistante, de difficultés de concentration ou d’un moral qui baisse. Il convient aussi de demander l’avis d’un pharmacien ou d’un médecin avant d’associer une huile essentielle à un traitement, ou en cas de grossesse. En cas de détresse psychique, le 15 ou le 112 répondent à toute heure.
Questions fréquentes
Trois Français sur quatre ont-ils des troubles du sommeil ?
Ce chiffre ne figure pas dans les données de Santé publique France consultées. Elles indiquent 33,1 % de plainte d’insomnie en 2024, 13,1 % de symptômes évocateurs d’insomnie chronique en 2017 et 49 % de difficultés de sommeil dans les huit jours précédents en 2017.
À partir de quand parle-t-on d’insomnie chronique ?
Selon l’Assurance Maladie, lorsque les troubles se produisent plus de trois fois par semaine depuis plus de trois mois. En dessous de ce seuil, on parle plutôt d’insomnie ponctuelle, souvent liée à un événement ou à une période de stress.
Que recommande-t-on en premier pour une insomnie ?
La HAS préconise, dans la mesure du possible, une thérapie comportementale ou une psychothérapie, avec des règles d’hygiène du sommeil. Les hypnotiques restent limités aux épisodes ponctuels, à la dose minimale et sur une durée courte.
Les huiles essentielles présentent-elles des risques ?
Oui, l’ANSES les déconseille aux enfants et aux femmes enceintes et recommande un avis professionnel avant usage. Elles ne s’appliquent pas pures sur les muqueuses, et les flacons doivent rester hors de portée des enfants.
Un agenda de sommeil est-il utile avant de consulter ?
Oui, l’Assurance Maladie conseille de tenir un agenda de vigilance et de sommeil : on y note les heures de coucher et de lever, le nombre de réveils nocturnes et la forme dans la journée, des éléments utiles au médecin.
Quelles habitudes aident à mieux dormir ?
L’Assurance Maladie conseille de se coucher et de se lever à heure régulière, y compris le week-end, d’arrêter les écrans idéalement une heure avant le coucher, de limiter l’alcool, de supprimer les excitants dès 14 heures et de garder une chambre sombre, calme et fraîche, réservée au sommeil.
Sources
- Santé publique France : données sur le sommeil — prévalences de l’insomnie et des difficultés de sommeil
- HAS : prise en charge du patient adulte se plaignant d’insomnie en médecine générale — traitement de première intention et place des hypnotiques
- Assurance Maladie : insomnie de l’adulte, définition et facteurs favorisants — seuil de chronicité et facteurs favorisants
- Assurance Maladie : comment mieux dormir à l’âge adulte ? — règles d’hygiène du sommeil, sieste et agenda de sommeil
- ANSES : huiles essentielles, risques et précautions — populations déconseillées et précautions d’emploi
- ANSM : usage des médicaments de ville durant l’épidémie de Covid-19, point de situation à la fin du confinement — évolution des hypnotiques et anxiolytiques
Information éducative ; une mesure ne remplace pas un avis médical.
Mis à jour le 3 octobre 2026

